Global Health Security Partnership

Apprendre au-delà des frontières

La gestion de la crise de la Maladie á Virus Ebola au Sénégal a rendu le système de santé beaucoup plus fort, et a créé une grande opportunité de partage d’expériences.

L’équipe de PATH Sénégal et RDC ont passé une semaine ensemble à partager des leçons de la gestion des épidémies passées et à planifier un futur plus sécuritaire. PATH/L. Heinisch

En plein milieu de l’épidémie de la Maladie à virus Ebola (MVE) de 2014 en Afrique de l’Ouest, le service des maladies infectieuses et tropicales du Sénégal (SMIT) s’est assuré que le premier cas de MVE au Sénégal serait aussi son dernier cas.

Ce cas était celui d’un jeune de 21 ans qui provenait de la guinée et qui était venu au Sénégal, en étant porteur du virus de la MVE. Ce jeune a présenté des signes de maladie et a été admis au SMIT, où des prélèvements sanguins ont été faits et testés à l’Institut Pasteur de Dakar (IPD). Ils sont revenus positifs pour le virus de la MVE, confirmant ainsi le diagnostic. Conformément à leur formation, le personnel de l’hôpital a respecté à la lettre le protocole de biosécurité pour prévenir la propagation de la maladie.

Malgré cette victoire, le Sénégal ne s’est pas reposé sur ses lauriers. Au contraire, le Ministère de la Santé du Sénégal (MSAS) et les agents de santé ont utilisé cette expérience pour identifier les faiblesses du système de santé qui peuvent être améliorés avec le programme mondial de la sécurité sanitaire (GHSA). Au cours des deux dernières années, PATH a appuyé le ministère de la Santé du Sénégal pour le renforcement de ces capacités à prévenir, détecter et répondre aux menaces des maladies infectieuses. Notamment en mettant en place un meilleur système de surveillance épidémiologique et des tests de laboratoire plus performants.

Visite des laboratoires de l’Institut pasteur de Dakar. PATH/L. Heinisch

« Pour moi, la crise de MVE  a eu un impact positif pour le Sénégal, » nous dit Dr Abdoulaye Bousso, le coordonnateur du Centre des Operations d’Urgences Sanitaires au Sénégal (COUS) qui a été créé en Décembre 2014. «Ce cas unique nous a montré les écarts dans le système de santé, et le plus gros écart était dans la coordination. Nous avons les structures, nous avons les ressources humaines, mais dans un moment de crise, les gens n’ont pas cette habitude de travailler ensemble.»

Maintenant, le Sénégal partage ces expériences avec les autres pays de la sous-région dans le cadre de leur travail sur le renforcement de leur capacité à prévenir, détecter et répondre aux épidémies.

La République Démocratique du Congo (RDC), avec le support technique de PATH et du CDC, est en train de travailler sur la mise en place de son premier centre des opérations d’urgences sanitaires. En Novembre 2016, une délégation de la RDC composée des membres de l’équipe de PATH RDC, du Dr Benoit Kebela, directeur de la lutte contre la maladie du ministère de la santé publique de la RDC et du Dr Jacques Musung Mbaz, chargé de Missions du ministre de la santé publique de la RDC était en visite d’étude au Sénégal pour apprendre d’avantage sur l’expérience du Sénégal dans la mise en place du COUS.

Pendant quatre jours d’études, la délégation de la RDC a rencontré l’équipe du Ministère de la santé du Sénégal à savoir le personnel du COUS, le service d’assistance médicale et d’urgence (SAMU), l’équipe du CDC au Sénégal, et le personnel de l’institut pasteur de Dakar.

Suivant une rencontre avec le personnel du COUS, la délégation de la RDC a pu prendre connaissance de la budgétisation et des couts, de l’architecture institutionnelle, de l’établissement de procédures Opérationnelles standard (POs), du personnel et d’autres décisions opérationnelles. Pendant qu’ils examinaient le modèle du Sénégal, les visiteurs de la RDC ont débattu de l’opportunité d’une approche similaire dans leur pays qui a une structure gouvernementale assez différente et des défis bien spécifiques. La RDC est 12 fois plus grande que le Sénégal, avec 6 fois plus de population, plusieurs frontières, un manque d’infrastructure assez élevé, porte encore le bilan de plusieurs années de conflits et possède la moitié du revenu par habitant du Sénégal.

« Le chemin sera diffèrent » nous dit Aminata Lenormand responsable du renforcement des laboratoires au Sénégal dans le cadre du GHSA. « Vos réalités seront différentes de celles d’ici. »

Pendant que les équipes discutaient de leurs expériences respectives, Dr Bousso a demandé à la délégation de RDC d’avancer rapidement sur la mise en place de leur centre des opérations d’urgences. Il a noté que des pays comme le Sénégal, qui a bénéficié d’une solide expérience de la gestion de l’épidémie de la MVE de 2014, peuvent sentir une plus grande urgence à mettre quelque chose en place plus que les pays qui n’ont pas fait face à cette crise.

«La MVE  est passé, maintenant nous avons Zika et ça passera, » nous dit Dr Bousso. « Il est important d’aller de l’avant parce que quelque chose d’autre sera là. Nous apprenons en agissant.»

(De gauche à droite) Dr Daye KA, qui était à la tête de l’équipe médicale du SMIT (Service des Maladies Infectieuses et Tropicales) pendant l’épidémie d’Ebola de 2014; Dr Aissatou LAKHE, présentement Chef assistante du SMIT; et l’infirmière Marie Louise NDOUR, sont debout sur le site où le centre des opérations d’urgence est en construction, derrière le centre hospitalier universitaire de Fann ou est logé le SMIT. PATH/L. Heinisch

Leon Kapenga, directeur adjoint de PATH en RDC, a cité l’épidémie de la fièvre jaune dans leur pays qui a débuté en Juin 2016. Dans l’une des plus grandes campagnes de vaccination d’Afrique, environ 8 Millions d’habitants dans la ville capitale de Kinshasa ont été vaccinés en juste 10 jours.

«Nous avons rompu l’épidémie,» nous dit Kapenga. «C’est vraiment un grand exploit avec des doses minimales de vaccins de la fièvre jaune et une ville d’11 millions d’habitants. Mais cette épidémie nous a menacé tous et il a quand même fallu du temps [pour répondre]. C’est pour cela que nous sommes ici pour discuter de la sécurité mondiale, parce qu’il a fallu six mois pour réagir, alors que nous aurions pu avoir une catastrophe.»

Les participants des deux pays ont apprécié ce partage valorisant non seulement dans le cadre du programme GHSA mais aussi pour relever les défis de santé de longue date. Ils ont noté que les épidémies peuvent «paralyser» le système de santé, compromettre des vies parce que les efforts sont détournés des autres problèmes de santé vitaux. L’amélioration de la capacité d’un pays à prévenir, détecter et répondre aux urgences en renforçant la surveillance, les laboratoires, la qualité des données et d’autres éléments clés du système de santé, peut produire des avantages considérables.

«Ceci était une excellente occasion pour la RDC d’apprendre du Sénégal, mais aussi pour le Sénégal d’apprendre de la RDC, et  j’espère bien que ce n’est qu’une première étape d’une très longue et étroite collaboration entre nos deux pays, » nous dit Philippe Guinot, directeur pays de PATH Sénégal. «Nous partageons une grande partie des problèmes de santé dans la région… GHSA est une opportunité [pour PATH de servir] comme catalyseur au changement et au partage d’informations.»

Dr Abdoulaye Bousso qui dirige le COUS, fait honneur au Dr Benoit Kebela, en lui remettant un cadeau symbolique. Dr KEBELA est le directeur de lutte contre la maladie du ministère de la santé publique de la RDC et était en première ligne durant la crise de MVE de la Guinée en 2014. PATH/L. Heinisch

 

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